“Il Trovatore” de Verdi: un drame noir au sein duquel sorcellerie, passions variées, et vengeance exultent.

Mardi 29 Septembre 2015– Lincoln center –Met Opera House: /Tuesday September 29th 2015- – “Il Trovatore” by Verdi: a dark tragedy enabling  witchcraft, various passions, and vengeance to exult. 

J’avais hyper hâte de redécouvrir cet opéra en 4 actes, incroyablement riche et original bien qu’immensément triste de Verdi, l’immense Verdi. Un opéra, au-delà de l’originalité de son histoire, incroyablement émouvant, typique du genre romantique italien, et que je n’avais pas vu depuis quelques années.

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Avant de continuer, laissez-moi vous donner davantage de contexte sur l’immense Verdi (1813- 1901): un compositeur unique, et dont le talent ne cesse de m’éblouir. Ca me parait utile pour que vous puissiez réaliser le génie de ce compositeur, car je trouve que c’est le plus grand —en matière d’opéra. 

Au cours de 60 ans de carrière, il composa 28 opéras, dont la moitié sont encore joués ces jours-ci. Dingue. Il était extrêmement aimé, presque adulé dans son pays, sur le plan culturel et politique.

Je reprends sur “Il Trovatore”. Je savais qu’en plus, il serait interprété, ce soir là, cet opéra inouï, par de très grands artistes, et notamment par la magnifique Anna Netrebko, qui, je m’en doutais, réussirait à sublimer encore davantage cet opéra noir, follement dramatique, tiré d’une pièce écrite à l’âge de 22 ans (comme quoi le génie frappe souvent jeune) par Antonio Garcia Gutierrez, et que la compagne, et future femme de Verdi, traduisit pour lui. 

Cammarano (1801- 1852), composa la presque totalité du libretto, qui fut terminé par Bardero, car Cammarano mourut avant la première de l’opéra. 

Je reprends le librettiste Cammarano, également un grand dramaturge de son temps, et qui collabora à d’autres oeuvres avec Verdi, et aussi avec Donizetti (sur le sublime “Lucia di Lammermoor” notamment)—impressionné par l’histoire immensément triste, cherchait dans son libretto, à en adoucir la trame, le drame, alors que Verdi au contraire, tenait à l’intensifier encore :). Ah la la, vous allez voir, vous n’allez pas être déçus…

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Et ce qui me subjugue particulièrement, et d’ailleurs, je partage son point de vue, c’est que l’aspect de l’histoire qui passionna le plus Verdi, ne fut pas tant les histoires d’amour et politiques sublimes: l’amour non partagé du Comte di Luna, Commandant des troupes royalistes d’Aragon, pour sa belle Leonora, et surtout l’amour fou et réciproque entre Leonora et son Troubadour Manrico, leader des forces partisanes rebelles: très émouvante cette grande histoire d’amour, la plus grande évidemment. Comprenant des sérénades (magnifiques), des déclarations d’amour (hyper poétiques), un sacrifice de sa propre vie (hyper romantique, bien que peut être ?, un poil excessif 🙂 de la part de l’héroïne, pour que vive son amant— Tout ça c’est déjà magnifique, mais il y a dans toute cette histoire, une dimension familiale supplémentaire compliquée et totalement tragique…

Une dimension à la fois chevaleresque, d’aristocrates déterminés, résolus à se venger de l’assassinat d’un être cher; mais aussi une dimension d’amour dévorant, et de folie, de la part d’êtres indépendants, que sont les sorcières gitanes. 

Et en particulier, le personnage de l’histoire qui toucha le plus Verdi, fut celui d’Azucena, fille d’une sorcière gitane, et mère d’un petit garçon, capable du plus grand des crimes, par folie — un infanticide –  pour venger sa mère, le crime étant si vil, que la magie/sorcellerie /folie la pousse à assassiner son propre fils, à la place du petit garçon enlevé, petit frère du Comte di Luna— faut suivre– mais évidemment éminemment tragique, mais également capable aussi— les êtres sont rarement simples, et même les plus terribles, sont capables de grandeur d’âme — capable, donc Azucena — du plus grand amour pour un petit garçon qu’elle devait assassiner— qu’elle aime comme son propre fils — Sa rédemption. 

Quand je vous dis que c’est épouvantable, tragique et bouleversant tout à la fois, je ne plaisante pas. 

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Déchirée toute sa vie, entre son devoir maternel (venger sa mère), et filial (aimer un enfant, qu’il soit de son propre sang ou non)— Presque un personnage “mirroir”  de celui de “Rigoletto” en proie à d’autres affres et tourments avec sa fille.

Du lourd, je vous dis.

Car l’amour filial et même maternel  — c’est ce qu’il de plus viscéral dans la vie, alors évidemment, on est scotché  à son siège.

D’ailleurs ça se termine affreusement mal: les amoureux n’arrivent pas à se marier, car le faux “fils” de la sorcière, décide de venir à l’aide de sa mère, captive du Comte de Luna. Lui et sa mère sont faits prisonniers, et condamnés à mort par le Comte. Leonora offre sa vie au Comte, en échange de la vie de son amoureux, le troubadour Manrico (alias le faux fils de la sorcière, alias le frère présumé mort, du Comte di Luna), et Leonor s’empoisonne pour ne pas avoir à vivre une existence privée de son amoureux, d’ailleurs elle meure dans les bras de son bien-aimé, à qui elle annonce que sa liberté va lui être rendue, mais le Comte furieux, décide d’exécuter quand même le Troubadour Manrico, et Azuecena clôt l’opéra en hurlant que sa mère est finalement vengée…  

Malgré toute cette noirceur — et Dieu sait que je préfère la lumière dans la vie:), cet opéra est juste sublime.

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J’y étais accompagnée d’une amie chanteuse d’opéra, qui, comme moi, trouve que, dans cet opéra qui dure un peu plus de 3h – entracte compris,  — qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde, et surtout que la musique — toutes les notes, sont tellement sublimes de beauté, qu’on en ressort ébloui, malgré la terrible histoire qui nous est racontée — C’est vous dire le talent musical de Verdi. 

Mais avant de vous faire écouter les 3 airs qui me font le plus vibrer (je ne suis pas la seule à les aimer), et évidemment il s’agit d’amour, laissez moi vous parler des interprètes:

Anna Netrebko, soprano russe — une des superstars actuelles de l’opéra, fut donc fantastique d’intensité, de nuances dans les émotions exprimées — son amour naissant, ses angoisses à l’idée de perdre son bien aimé, son sens du sacrifice, sa passion fulgurante et éternelle; et fut d’ailleurs applaudie comme telle — plus que tous les autres, ce soir là.   

Dolora Zajick, mezzo-soprano américaine, comme son nom ne l’indique pas 🙂 en Azucena, fut éblouissante — d’une chaleur et d’une intensité inégalée, ce soir là, j’ai trouvé. Et son rôle est particulièrement compliqué, car elle doit réussir à toucher le public et faire naitre de la compassion pour son personnage complexe, capable du pire comme du meilleur. Et elle y arrive avec une facilite et une dextérité époustouflantes.

Dimitri Hvorostovsky (encore un nom facile à prononcer et à orthographier :), bariton russe, super star aussi, en Comte di Luna, était touchant. Il est ces jours ci très malade— même si ça ne se voit pas à l’oeil nu,— Tout le public le sait. Il a annulé énormément de représentations pour se soigner— Et du coup, il a été accueilli par des torrents d’applaudissements à son entrée en scène — tellement longs et vigoureux, les applaudissements, que l’orchestre a été obligé de s’interrompre et de reprendre—2 minutes plus tard— J’adore l’affection immense que les aficionados d’opéra New Yorkais osent manifester à de grands artistes— En même temps nous sommes aux Etats Unis, c’est davantage dans la culture, de manifester ses émotions, ceci explique cela :)…

Yonghoon Lee, ténor coréen fut intense et expressif, mais il n’est pas assez viril pour moi :), et du coup, j’ai du mal à imaginer qu’on tombe amoureuse de lui:).— Les goȗts et les couleurs:). Mais je l’ai trouvé bien meilleur, plus expressif, que la dernière fois où je l’avais écouté — Don Carlo— encore un sublime opéra mais je m’égare…  

Stephan Kocan, basse slovaque, en Ferrando, Capitaine des troupes, racontant la terrifiante histoire de la sorcière maléfique mère d’Azucena, était formidable, très slave, puissant et émouvant à la fois, comme ce que je préfère chez les hommes:).  

Bref une distribution fantastique…

Pour clore mes commentaires, écoutez mes 3 airs préférés de cet opéra, dans le lien ci-dessous, qui englobe les 3 airs— mais laissez-moi vous donner un peu de contexte. (Je sais, je suis terrible… 🙂 pour les apprécier d’autant mieux; car le libretto pour moi, est essentiel à l’opéra. Il ajoute toujours une immense poésie à la musique, et la rend encore plus bouleversante.

Le premier air “D’amor sull’ali rosee” — ce qui veux dire “Les ailes roses de l’amour”, chanté avec beaucoup de douceur par l’héroïne Leonora, évoque l’idée que grâce aux ailes roses de l’amour, ses soupirs douloureux réussiront à réveiller son bien aimé, prisonnier dans une tour, et tel un vent d’espoir, lui rappèleront les souvenirs d’amour partagé. Et elle termine son air en implorant qu’il ne sache rien de l’immense peine qui réside dans son coeur à elle — Comment ne pas être bouleversée par tant de poésie— moi, ça me fait fondre en larmes…

Le deuxième air est mon préféré: “Miserere” —  ce qui veut dire “Ayez Pitie “. Evidemment ça démarre par des choeurs religieux— tout ce que j’aime, qui demandent à Dieu d’avoir pitié de Manrico, et de l’empêcher de devenir la proie de l’enfer, ce à quoi Leonora ajoute, avec une intensité hyper touchante —une grande colère — que toutes ces prières la terrifie, privent ses lèvres, de son souffle, arrêtent les battements de son coeur (non mais quand je vous que l’opéra c’est hyper poétique — je ne plaisante pas du tout), et son amoureux Manrico d’ajouter:  ” la mort est lente à venir pour celui qui veut mourir. Je paye de mon sang de t’avoir tant aimé.  Au revoir Leonora. Ne m’oublie pas Leonora”.  Et elle de répondre “T’oublier …Mais je défaille” …Et pour ceux qui ont jamais aimé de tout leur coeur et de toute leur âme, c’est déchirant …  

Le dernier air “Tu verrai “ “Vous verrez”, évoque l’idée, mais je trouve qu’elle le chante dans cette performance, avec trop de colère et de défi–j’aurais préféré plus de tristesse– — mais elle est fâchée qu’il meure — il faut la comprendre— Elle explique donc qu’il n’ y a pas d’amour plus fort que son amour, et ajoute “avec le don de ma vie, je sauverais la tienne, et nous serons unis dans la tombe”. Pauvre loute— tant de désespoir, de sacrifice et d’amour … c’est beau, et bien triste…

https://youtu.be/YSXDQSpZ6Ng

D’ailleurs, pour ne pas vous laisser sur une note aussi triste, et je ne sais pas si c’est parce que j’ai recommencé cette semaine, à jouer au tennis avec 3 copines, et un prof Jamaïcain hyper relax et cool, et qu’on rigole encore davantage sur le court que d’habitude, mais du coup, ça me donne envie de partager une chanson contemporaine hyper cool, détendante, et enthousiasmante: mystère… :), sur laquelle je suis tombée par hasard, après mon tennis; dont les paroles sont hyper optimistes, et qui rappelle que quand on a le coeur brisé, on a le choix entre l’ombre et la lumière.

J’adore en particulier la ligne de basse… (bon, j’aime les bassistes depuis toujours, c’est pas nouveau :), et les cuivres sont top, et bien que du coup, les images ne soient pas toujours hyper optimistes, à part les images de sport, de complicité, de respect, de fierté, d’amour et d’amitié :), la mélodie et les paroles m’enchantent, et nous rappellent — et aussi, à nos enfants — qu’il est important qu’ils travaillent bien, et soient respectueux à l’école, pour qu’ils soient libres de mener une vie épanouie plus tard, car sinon ils finiront en prison :). 

Non mais en vrai, il y a plein de prisons dans la vie, et la seule chose qui soit sȗre, qui soit vraie, en laquelle il faille croire, et qui nous rende notre liberté, c’est d’aimer. 

Que nos amis sont toujours là pour nous, quand ça ne va pas. Et qu’il suffit de regarder autour de soi, pour voir de la beauté. Et que quand on doute, de partager avec autrui, ses passions, de l‘amour, quelle que soit la forme que ça prend, c’est la seule vraie réponse: love is the answer…

Aloe Blacc “Love is the answer”: